Atelier I ART ACT #1

Espace de discussion autour du rapport entre l’IA et la création artistique dans l’Océanie

L’atelier avait pour objectif d’engager une réflexion collective sur les effets de l’intelligence artificielle (IA), et plus particulièrement de l’IA générative, sur la création artistique, la propriété intellectuelle et la communication autour des œuvres.

Les échanges doivent permettre de poser les bases d’une future tribune ainsi que d’une réflexion autour d’une charte ou d’un dispositif d’engagement de type I ART ACT.

Date : 08 Août 2026

Lieu : Paea chez Niuhti & Lucie

Animation du débat, facilitation et restitution : Sigolène

Durée des échanges 4hParticipants : Marion, Charlotte, Esteban, Teiva, Valentin et Niuhiti.

1/ Time line des inventions

Comment l’innovation technologique transforme notre rapport à la création artistique.

L’atelier s’est ouvert par une réflexion autour de la Timeline des inventions, permettant d’interroger la manière dont les innovations technologiques transforment notre rapport à la création artistique.

L’innovation technologique transforme notre rapport à notre environnement et à nous-mêmes. Créer, c’est exprimer son être dans un environnement donné. Les transformations technologiques peuvent donc également transformer l’élan fondamental de création et le rapport que chacun entretient avec lui-même.

Une réflexion particulière dans le contexte océanien

La question de l’IA en Océanie doit être envisagée dans un environnement fragilisé par une histoire coloniale.

Les technologies dites « avancées », facilement réplicables et diffusables, ont notamment contribué à des transformations brutales des cultures premières, principalement orales.

Or, l’IA générative qui nous préoccupe particulièrement est majoritairement programmée et entraînée à partir d’une culture occidentale, alors même que son déploiement est massif et rapide.

Dans ce contexte, elle peut constituer un risque supplémentaire pour les particularismes culturels et les identités locales.

L’IA comme « outil » ou comme béquille

L’IA peut néanmoins constituer une béquille à la création, quelle que soit la discipline artistique.

Elle peut potentiellement être utilisée à certaines étapes du processus de création et permettre notamment aux artistes qui vivent de leur art de répondre à des commandes commerciales ou répétitives, parfois nécessaires pour vivre de leur activité, et ainsi de libérer du temps pour une création plus libre, personnelle ou exploratoire.

Il convient toutefois de distinguer l’utilisation d’un outil et l’acte de création lui-même.

Un artiste continue d’exister sans ses outils parce qu’il possède un savoir-faire et une compétence qui s’acquièrent, se transmettent et s’entraînent jusqu’à permettre l’émergence d’une œuvre qui lui est propre.

L’utilisation d’une IA générative interroge donc la place de cet apprentissage et de ce savoir-faire : l’utilisateur d’une IA générative peut produire avec l’outil, mais ne développe pas nécessairement, sans celui-ci, les compétences qui lui permettraient de produire le même résultat.

Cette réflexion doit toutefois être menée sans tomber dans une forme de mépris à l’égard de ceux qui utilisent l’IA pour réaliser des choses qu’ils ne savent pas faire.

Une comparaison a notamment été proposée avec la cuisine : un cuisinier peut utiliser certains outils pour élaborer son menu de la semaine, tandis qu’une personne qui ne sait pas cuisiner peut utiliser une IA pour imaginer une recette à partir des ingrédients dont elle dispose. Le cuisinier pourrait considérer cette pratique différemment, mais cela ne doit pas conduire à mépriser celui qui utilise l’outil.

La question du mépris de classe lié au capital culturel doit ainsi être prise en compte dans la réflexion.

Le temps et l’espace de la création

L’IA générative interroge également le rapport au temps de création et au rapport au vide.

Ce qui fait la valeur de l’acte de création artistique réside notamment dans le processus : les essais, les accidents, les itérations, le partage et la confrontation.

L’IA peut produire directement un résultat final, souvent lisse, ce qui interroge la valeur accordée à ce qui est produit et peut conduire à déplacer le rapport de la création vers celui de la consommation.

Chaque grande innovation qui bouleverse le monde et transforme notre rapport à l’environnement et à nous-mêmes constitue ainsi une opportunité de questionnement.

Il apparaît important de prendre le temps de mener cette réflexion.

2. Les grands principes qui nous rassemblent

1/ l’importance de la démarche personnelle dans la création.

La création artistique est l’expression d’une identité, d’un cheminement de pensée critique.

L’acte de création doit rester une intervention humaine.

2/ créer est un processus long

La création est l’expression profonde d’une personne dans un environnement.

Pour pouvoir créer, un artiste a besoin de temps, d’apprentissage et d’un façonnage progressif, notamment à travers les accidents et les expérimentations.

La création est un acte de lâcher-prise dans lequel une personne expose ses fragilités, son imperfection et sa différence.

La diversité des expressions ainsi que le droit aux espaces de silence et de vide participent à la beauté des œuvres.

3/ L’IA générative met en danger notre souveraineté et notre indépendance

Parce que nous sommes des artistes dans un environnement où le traditionnel perdure et se réinvente dans un contexte postcolonial, l’IA générative constitue un risque de dilution de nos particularismes.

Elle introduit un biais culturel majeur et peut avoir un impact important sur les identités culturelles.

4/ Le respect de la propriété intellectuelle

Etre influencé par des artistes, réinterpréter une œuvre constitue un acte classique dans le monde de l’art.

La création artistique est cependant une expression intime d’un artiste.

Utiliser son œuvre dans une IA générative  sans son consentement est considéré comme un manque de respect pour l’auteur autant que pour l’œuvre.

L’utilisation des œuvres dans des IA doit etre soumise au consentement des artistes.

5/ La transparence sur l’utilisation de l’IA dans l’art

Utiliser l’IA dans le processus créatif n’est pas considéré comme problématique dans l’absolu sous réserve du respect de la propriété intellectuelle. En revanche son recours doit etre explicite.

 Les personnes qui l’utilisent doivent le dire.

3. Les bases de la  future tribune IAA

Les échanges ont permis d’identifier trois axes : ce que l’IA permet, ce qui nous inquiète et ce que nous voulons préserver.

Ce que l’IA permet

  • Déléguer des tâches ingrates dont la qualité semble pouvoir être dégradée
  • Se libérer des contraintes a faible valeur ajoutée pour avoir du temps pour créer
  • tester son rapport à la norme
  • structurer, classer des idées.
  •  répondre à certaines tâches commerciales ou répétitives ;
  •  libérer du temps pour une création plus libre ou exploratoire.

Mais attention à l’illusion quand on l’utilise pour

L’utilisation de l’IA peut également produire certaines illusions ou entraîner certains effets de dépendance.

Lorsqu’elle est utilisée pour économiser du temps ou de l’argent, elle peut conduire à développer des usages faciles dont on devient progressivement dépendant, tout en nourrissant un processus de lissage de l’environnement culturel.

Lorsqu’elle est utilisée pour stimuler la création, les réponses obtenues peuvent être standardisées, car elles reposent sur des algorithmes, et produire ainsi un biais culturel.

Lorsqu’elle est utilisée pour vérifier les réactions « normales » ou pour se conformer à des attentes supposées, il faut garder à l’esprit que l’on peut se conformer à un cadre très stéréotypé qui ne correspond pas nécessairement à la majorité des personnes qui nous entourent.

 

Ce qui nous inquiète

  • La fragilité d’une dynamique circulaire : l’IA générative génère des contenus de façon tellement massive et diffuse qu’elle a commencé a s’entrainer sur ses propres productions.
  • La perte des particularités culturelles, l’uniformisation
  • L’amplification coloniale occidentale, la dépossession culturelle des territoires non occidentaux, l’appropriation culturelle identitaire
  • La dévalorisation de l’acte artistique
  • La confiscation des choix politiques dans l’art, la perte de liberté artistique
  • La normalisation de la gratuité dans le domaine artistique, la déprofessionnalisation de la filière.
  • L’isolement des individus
  • L’incohérence des productions, le manque de logique avec le réel appliqué
  • La perte d’espace, l’absence systématique de silence
  • La perte du sens créatif
  • La banalisation de l’usage de l’IA générative dans l’art.
  • La rupture de confidentialité des données.

Ce que nous voulons préserver

  • La cohérence
  • La réflexion
  • Le droit à l’expérimentation
  • Un cadre éthique garanti
  • Le plaisir de créer
  • La diversité
  • L’identification claire des contenus générés par l’IA
  • Le droit à l’inutilité
  • Le droit d’etre imparfait
  • La valorisation de l’expérience
  • Le temps long
  • La valorisation du fait main
  • L’expression de nos idées bancales
  • La confrontation dans la création
  • La propriété intellectuelle
  • Le consentement a la réutilisation de nos œuvres
  • La représentativité locale
  • Notre capacité a vivre de notre art.

3. Suite à donner

1- Poursuivre les travaux avec d’avantages d’artistes

Organisation d’un second atelier dans le collectif d’artiste.

  • Présenter les premiers travaux a plus d’artistes pour compléter les propositions
  • Poursuivre la rédaction de la tribune
  • Poursuivre la réflexion sur les engagements et les attentes

2-Ouvrir la discussion avec des institutions

Mobilisation de représentants d’institutions pour ouvrir le débat et valider la charte.

  • Professeurs / écoles de pratique artistiques
  • Organisateurs d’evenements
  • Représentants politiques

3-Diffuser le message et déclencher l’adhésion

Une stratégie de communication pourra être conçue afin de diffuser les travaux et favoriser l’adhésion à la démarche.

Des ateliers d’information, de sensibilisation et de débat pourraient également être organisés lors d’événements publics.

 

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