Atelier I ART ACT #2
L’atelier avait pour objectif d’engager une réflexion collective sur les effets de l’intelligence artificielle (IA), et plus particulièrement de l’IA générative, sur la création artistique, la propriété intellectuelle et la communication autour des œuvres.
Nous voulons poser les bases d’une future tribune ainsi que d’une réflexion autour d’une charte ou d’un dispositif d’engagement de type I ART ACT.
Il nous faut être efficaces car nous avons une première opportunité :
- Nous pouvons partager cette tribune au salon du livre.
- Potentiellement la faire signer par les artistes océaniens présents
Date : 05 Septembre 2026
Lieu : Paea chez Niuhti & Lucie
Animation du débat, facilitation et restitution : Niuhiti, Sigolène, Lucie, Marion, Valentin
Durée des échanges 4hParticipants : Lucie, Marion, Charlotte, Esteban, Teiva, Valentin, Niuhiti, Moea, Margaux, Manueta G , Manutea R, Piercy, Roxane, Sigolène, Niuhiti
Rappel :
- Nous ne sommes pas là pour juger : dire ce qui est bien ou mal
- Nous ne sommes pas là pour interdire.
- En revanche, nous sommes là pour remettre le processus créatif au centre des conversations.
Ici :
- Nous allons parler de préservation du processus créatif.
- De posture création.
- De colonisation algorithmique.
- Puis nous formulerons ensemble notre engagement en tant qu’artiste.
Un premier atelier, organisé un mois auparavant, avait permis de faire émerger quatre tensions autour de la création artistique à l’heure de l’intelligence artificielle et de poser les premières bases d’une tribune. Un second atelier a réuni une vingtaine d’artistes afin de mettre ces analyses en discussion, de confronter les postulats aux expériences des participants et de faire émerger des pistes d’action.
Les échanges ont globalement confirmé les quatre tensions identifiées, tout en les élargissant. L’IA apparaît moins comme un problème isolé que comme un révélateur et un accélérateur de fragilités déjà présentes dans l’écosystème artistique : conditions économiques de création, reconnaissance du travail, souveraineté culturelle, isolement, accès à la transmission et place de l’art dans la société.
Préserver les conditions d’une création autonome
La première tension portait sur la difficulté pour les artistes de concilier temps de création, autonomie de l’intention artistique et nécessité économique. Les participants ont largement confirmé ce constat : le manque de temps, la difficulté à financer les projets, les avances de frais, la complexité administrative et l’insuffisante reconnaissance financière du travail artistique constituent des freins importants à la création.
Les échanges ont cependant permis d’élargir cette question. Au-delà du choix entre activité alimentaire et dépendance au marché, les artistes ont fait apparaître le besoin d’un écosystème permettant de créer dans la durée : lieux de création, ateliers, transmission, échanges entre pairs, soutiens institutionnels, bourses, échanges internationaux et dispositifs permettant de prendre le temps de chercher, d’expérimenter et de se tromper.
La question du statut de l’artiste a également été largement soulevée, avec le besoin de mieux reconnaître la diversité des relations à l’art et des formes d’engagement artistique.
Préserver une souveraineté culturelle vivante
La deuxième tension, autour de la colonisation algorithmique et de la souveraineté culturelle, a suscité des échanges particulièrement riches. Les participants ont identifié plusieurs risques liés à l’appropriation des données et des patrimoines, aux biais coloniaux, à la concentration des technologies et au manque de transparence sur l’utilisation des données et des outils numériques.
Mais les échanges ont surtout permis de préciser un point essentiel : la protection de la culture ne doit pas conduire à sa fossilisation.
La culture polynésienne a été décrite comme une culture vivante, évolutive, portée notamment par les nouvelles générations. La question n’est donc pas seulement de protéger un patrimoine contre son appropriation extérieure, mais de déterminer qui peut le faire évoluer, qui peut le représenter et selon quelles règles.
Cette réflexion a fait émerger une tension entre, d’une part, la nécessité de préserver certains savoirs, symboles et particularismes et, d’autre part, le droit des nouvelles générations à transformer leur culture, à utiliser de nouveaux outils et à créer des formes nouvelles.
Les participants ont également souligné le risque d’une représentation réductrice de la Polynésie, enfermée dans quelques signes attendus. La création artistique doit pouvoir permettre aux artistes locaux de revendiquer leur identité sans être assignés à une représentation « traditionnelle » ou folklorique de celle-ci.
L’enjeu est ainsi moins de produire une représentation plus « authentique » de la Polynésie que de permettre aux artistes de se représenter eux-mêmes et de rester libres de ce qu’ils souhaitent devenir.
Revaloriser le temps et le processus créatif
La troisième tension, autour de la fausse gratuité et de la dévalorisation du travail artistique, a été très fortement confirmée.
Les participants ont insisté sur l’invisibilité d’une grande partie du travail artistique : recherche, essais, erreurs, apprentissage technique, répétitions, maturation, documentation et temps de réflexion. La possibilité de produire rapidement une image, un texte ou une musique grâce à l’IA peut renforcer l’idée que la création serait immédiatement disponible et peu coûteuse.
Les échanges ont donc fait émerger la nécessité de rendre visible le processus créatif, au même titre que le résultat final. Plusieurs propositions ont été formulées : documentaires, témoignages d’artistes, performances montrant les processus de création, actions de sensibilisation, interventions scolaires et meilleure documentation du temps consacré aux projets.
Cette question rejoint également celle du bénévolat artistique. Les participants ont souligné l’importance de reconnaître financièrement et socialement l’investissement des artistes dans les événements et la vie culturelle locale. Le Heiva a notamment été cité comme exemple d’une mobilisation considérable en temps et en ressources qui demeure largement sous-valorisée.
L’enjeu dépasse donc la seule rémunération d’une œuvre : il s’agit de reconnaître la valeur du chemin qui permet à l’œuvre d’exister.
Préserver le silence, l’expérience et la relation
La quatrième tension portait sur l’accélération de la production et le risque de disparition du silence nécessaire à la création, ainsi que sur le risque d’isolement des artistes face à un outil disponible en permanence.
Les participants ont largement confirmé l’importance du silence, de l’attente, de l’ennui, de l’introspection et de l’expérience individuelle dans le processus créatif. La création a été distinguée de la productivité : créer suppose parfois de ne rien produire, de se perdre, de douter, d’observer et de laisser mûrir une expérience avant de lui donner une forme.
Mais les échanges ont ajouté une dimension importante au postulat initial : le silence ne doit pas être confondu avec l’isolement.
La création se nourrit également de la rencontre avec les pairs, de la transmission, du débat, du regard extérieur et de la confrontation des expériences. L’IA peut constituer un outil précieux d’accès aux connaissances et d’accompagnement technique, mais elle ne remplace pas une communauté artistique. Les participants ont ainsi exprimé un besoin important de lieux et de réseaux permettant de se rencontrer, de créer ensemble, de transmettre et de rompre l’isolement.
Une évolution importante du projet
Le deuxième atelier a ainsi confirmé les postulats initiaux tout en faisant évoluer leur portée. Les quatre tensions ne sont plus envisagées comme quatre problèmes directement causés par l’IA, mais comme quatre fragilités que l’IA vient révéler ou accentuer :
· l’autonomie de l’artiste face au temps et aux contraintes économiques ;
· la souveraineté d’une culture face aux systèmes qui la représentent et la transforment ;
· la valeur du travail, du temps et du processus créatif ;
· la nécessité du silence, de l’expérience et de la relation humaine.
L’Espace d’insoumission créative ne se définit donc pas comme un espace de rejet de l’IA. Il vise à créer les conditions permettant aux artistes et aux citoyens de rester acteurs de leurs choix, de leurs représentations et de leurs pratiques créatives, dans un environnement technologique en transformation.
L’enjeu central qui se dégage des deux ateliers pourrait ainsi être formulé autour de quatre droits :
- le droit à l’autonomie,
- le droit à la souveraineté culturelle,
- le droit à la valeur de son travail
- et le droit à la relation
