Le plaisir de créer face à l’abondance du consommé
Dans un monde saturé de contenus, où la consommation passive semble être la norme, la question de l’utilité de créer se pose.
Pourquoi, rechercher des espaces de création, creuser des vides en soi et autour de soi, au risque de se rencontrer ?
Pourquoi s’engager dans l’émergence de formes imparfaites, les polir avec une technicité acquise, que ce soit par l’écriture, la musique, le dessin ou la sculpture ?
La recherche de la forme la plus pure, la plus intime, de ce qui réside en nous, cette expression imparfaite de notre être profond, qui pourrait, peut-être, rencontrer l’émotion d’une autre personne, résonner pour quelqu’un qui, détournant les yeux des contenus faciles, aspire à une sincérité plus profonde que celle générée par un algorithme.
Cette démarche, interroge le sens de l’acte créateur face à une offre pléthorique et immédiate. Si ce que nous avons à exprimer ne rencontre rien ni personne, si le sens semble dilué dans un flot continu de contenus aisément digestibles, consomptibles simultanément, quel sens donner à l’acte de négocier cet espace que personne n’attend ?
Il est acquis que l’œuvre produite sera inévitablement jugé : inutile, pas assez amusant, pas assez universel, pas assez léger ou, paradoxalement, pas assez profond. On estimera sa valeur ou son absence de valeur. Au mieux on pourra toujours nourrir un algorithme avec…. Au pire elle resonnera dans le silence d’une cathédrale vide, celle de l’âme de son créateur.
Creuser à l’intérieur de soi, créer des espaces vides, refuser de les remplir avec cette masse de contenu, et ne rien chercher à gagner de ce qui en sort – ni approbation, ni reconnaissance, ni validation, ni soutien – c’est là, le cœur de l’insoumission créative.
C’est un acte de liberté fondamentale, une affirmation de l’être face à la tentation de la complaisance et de la conformité. L’acte de créer réside alors non dans la réception ou le succès, mais dans l’acte même de faire émerger, de se confronter à soi-même et au monde par le biais de l’expression authentique, même dans sa fragilité et son imperfection.
C’est un questionnement existentiel sur la valeur intrinsèque de l’acte créateur, indépendamment de sa réception extérieure, une affirmation de la singularité dans un univers tendu vers l’uniformisation.
